Publié jeudi 10 juillet 2008 à 12h41
par
Gregory
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Commençons par une bonne nouvelle : les européens vivent de plus en plus longtemps. En moyenne, l’espérance de vie augmente de trois mois par an en Europe. Une société qui vit plus longtemps ne va, a priori, pas si mal.
Continuons par une moins bonne nouvelle : les européens n’assurent pas le renouvellement des générations. En effet, il faudrait une moyenne supérieure à 2 enfants par femme pour que cela soit le cas et nous en sommes loin. Avec des taux de fécondité de seulement 1,25 en Espagne, en Italie, en République Tchèque et en Pologne, la situation est parfois très inquiétante.
Le vieillissement de la population européenne aura dans les prochaines années des conséquences économiques et sociales très lourdes. Une pénurie de main d’œuvre et de matière grise qui fragilisera la croissance économique. L’augmentation du coût des soins médicaux et des retraites et les inégalités qui en découleront.
Face à ce défi démographique, l’Europe doit remettre en question sa politique en matière de migrations car elle fait fausse route. La construction de l’espace Schengen a conduit à l’édification de barrières juridiques ou matérielles qui équivalent à fermer nos territoires à la majorité de la population mondiale. La directive de la honte votée le mois dernier va encore plus loin dans cette direction.
Par 369 voix pour, 197 contre et 106 abstentions, le Parlement européen a adopté, mercredi 18 juin 2008, la directive sur le « retour des immigrés illégaux ». Ce texte qui a été massivement soutenu par les conservateurs prévoit : une durée de rétention excessivement longue, la détention d'enfants en centres fermés, l’absence d'obligation pour les Etats d'organiser une assistance juridique gratuite, la possibilité d'expulser des personnes gravement malades, des interdictions de séjour sur le territoire européen de 5 ans.
Cette politique est une catastrophe humanitaire, n’oublions jamais que des hommes et des femmes meurent tous les jours au pied de la forteresse que nous avons construits. Or, disons le clairement, c’est un mensonge qui fonde cette politique : l’idée que l’immigrant menace notre sécurité, nos emplois et même nos identités. Les medias relayant cette représentation renforcent cette peur irrationnelle. La réalité est bien différente. Les pays européens qui ont la croissance économique la plus rapide sont ceux où le solde migratoire positif est le plus élevé comme l’Irlande ou l’Espagne.
Nous devons combattre cette politique de fermeture des frontières et promouvoir à tous les niveaux des politiques d’accueil de nouvelles populations. De nombreux élus locaux ont engagés leurs territoires dans cette direction en Suède, en Espagne ou ailleurs mais à l’échelle nationale et européenne les décisions en matière d’immigration restent trop souvent marquées par une démagogie xénophobe.
L’enjeu est de passer de la perception du migrant comme une menace à celle du migrant comme une chance pour nos sociétés. "Le courage c’est de chercher la vérité et de la dire" comme le disait Jean Jaurès. Alors assumons cette vérité. Les migrants ne menacent pas nos emplois, ils viennent contribuer à garantir nos retraites et à pérenniser nos politiques sociales.
Il faut aller jusqu’à la remise en cause de la catégorie légaux/illégaux qui par nature est factice car ce sont les Etats qui décident de considérer ou pas tel ou tel migrant comme "légal". Les migrants sont des êtres humains, à ce titre nous devons leur reconnaître des droits et la possibilité de s’installer dans une Europe qui a aujourd’hui besoin d’eux.
Il s’agit enfin de considérer que ce qui fonde notre union ce n’est pas l’héritage du passé mais notre avenir commun. Cet avenir nous le voulons ouvert sur le monde. Chacun peut y avoir sa place. C’est un vrai et beau combat politique et culturel. De ceux qui donnent du sens à l’existence même d’un parti socialiste européen.
Commentaires
1. Repenser la politique migratoire pour répondre au défi démographique par carlosmoret
le vendredi 11 juillet 2008 à 14h02
Merci pour votre article et bravo!
Si toutefois des hommes et des femmes font des efforts considérables pour venir en Europe au point de risquer leur vies, ce n'est pas que pour bénéficier de notre système social, qui dans certains pays comme la France est en train de se dégrader. C'est pour travailler. Ce sont les "meilleurs" de leur pays qui émigrent, c'est une chance pour nous!
J'aimerai disposer des chiffres pour pouvoir contrer, voir combattre ceux qui ont peur de l'autre, celui qui par sa culture, par son faciès est différent. Cette peur est peut-être "naturelle", "ils" sont différents. J'ai lu quelque part que 2,5 millions de personnes viennent en Europe chaque année, ça peut paraître beaucoup, mais ça ne représente que 0,5% de notre population de presque 500 millions. Sur ces 2,5 millions, 2 millions arrivent en forme régulière. Ils viennent pour étudier, pour travailler, pour retrouver leur famille, et ils travaillent. Seulement 0,1% vient illégalement. Avons nous besoin de faire une "directive de la honte" pour ce pourcentage infime de migrants? Quelle est la proportion qui ne s'intègre pas?
On avance souvent des arguments économiques: "ils nous coûtent cher". Le coût d'un enfant en maternelle est bien supérieur à celui d'un étudiant universitaire. Le migrant arrive prêt pour travailler, nous épargnant les coûts de formation.
Le migrant sans papiers est forcé de travailler au noir. Il est moins cher que le travailleur légal. Là se trouve l'hypocrisie de notre sociéte. Les grandes entreprises font appel à des sous-traitants qui forcés de reduire leurs coûts font appel aux illégaux; une manière de contourner la loi.
La directive retour comporte des volets inacceptables, mais elle à le mérite d'exister. 18 mois de retention maximale paraît trop long, mais 9 pays membres n'avaient pas de limite du tout! et cette histoire de renvoyer des enfants même à des pays qui n'ont jamais été les leurs!
Faisons confiance à nos parlementaires pour humaniser ce texte qui comporte des volets qui nous font honte, mais ne laissons pas les euroceptiques dans notre sein profiter pour taper sur l'Europe, sans distiguer entre la droite et la gauche!
Carlos
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