
Par Poul Nyrup Rasmussen
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sur le lien entre le travail de lobbying mené par le Parti conservateur britannique et par le Maire de Londres contre une réglementation européenne sur les fonds alternatifs et l'augmentation massive, soudaine et récente des dons de la part du secteur financier.
Des milliards dépensés pour le sauvetage des banques, des millions d'emplois perdus, des maisons saisies, des petites entreprises en faillite et des épargnes-pensions parties en fumée. Les individus ont appris les leçons de la crise financière en en payant le prix fort. Or, quelque 18 mois après l'effondrement des deux fonds spéculatifs affiliés à Bear Stearns qui a provoqué un véritable tremblement de terre au sein du système financier, l'industrie des fonds spéculatifs déclare qu'il n'est pas nécessaire d'adopter de meilleure réglementation. Ce discours est non seulement en totale contradiction avec les faits mais il va également à l'encontre du consensus trouvé au sein du G20 entre l'Administration Obama et l'UE sur le besoin essentiel d'adopter des règles plus strictes sur les marchés financiers.
Les fonds spéculatifs présentent les mêmes caractéristiques systémiques que les banques: ils ont recours à l'endettement, à un endettement qui dans de nombreux cas est trop élevé. Les légendaires retours sur investissement, qui les ont rendus si attrayants aux yeux des investisseurs institutionnels, se sont transformés en pertes substantielles et dans la foulée, les pensions que les travailleurs avaient constituées pendant toute une vie de travail se sont envolées. De plus, le comportement procyclique de ces fonds a aggravé la crise comme conséquence d'une réaction "grégaire" dans les ventes et d'une vente à découvert à nu agressive.
Par ailleurs, la politique de surendettement et d'extraction de la valeur de la part des fonds de capital-investissement engagés dans des opérations de LBO n'ont fait qu'affaiblir les entreprises visées, contribuant à une augmentation des défaillances de ces mêmes entreprises durant la crise qui n'a débouché que sur un effondrement encore plus profond de l'économie et de l'emploi.
Je souhaite une industrie de la finance forte, transparente et compétitive. Or, la crise a montré que cette dernière n'était pas compétitive. Elle s'est fondé sur le court-terme, sur le surendettement, sur le désengagement par rapport aux besoins de l'économie réelle et sur la poursuite d'activités que le président de la FSA, Lord Turner, et le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, qualifient aujourd'hui de 'socialement inutiles'.
Le danger est à présent cette "capture de la réglementation" dont parlait déjà le Prix Nobel George Stigler dans son oeuvre majeure sur la "Théorie de la réglementation économique"; en effet, nous courons le risque que l'industrie de la finance investisse des ressources massives pour "capturer" la réglementation et pour l'utiliser à son profit au détriment des bénéficiaires finaux: les citoyens ordinaires et les entreprises en Europe et dans le monde, qui souffrent des conséquences de cette crise. Les premiers symptômes se font déjà sentir: l'industrie est en train de déployer de véritables armées de lobbyistes, parmi lesquels le maire de Londres Boris Johnson, dont 77% de la campagne a été financée par les grands pontes de la finance. Ces derniers ont du reste également versé des dons à hauteur de £3 millions aux Tories au cours des six premiers mois de 2009, ce qui représente 45% de toutes les donations individuelles et plus d'un quart des dons publics et privés octroyés au Parti conservateur. On comprend aisément dès lors pourquoi les Conservateurs sont le seul parti parmi les forces politiques traditionnelles à mener une campagne de lobbying aussi agressive contre le principe même d'une régulation des marchés financiers.
Le Royaume-Uni contre l'Europe sur la question de la réglementation de la finance? C'est là une fausse dichotomie. La directive européenne donne accès aux fonds alternatifs au marché unique dans son intégralité, c'est-à-dire à la plus grande économie au monde. Mais elle nous permet également d'éviter d'avoir à tirer les enseignements de cette crise une deuxième fois.